Au bord des ruisseaux de Babylone, nous nous sommes assis et nous avons pleuré.
— Psaume 137, 1
Le père Richard Rohr médite sur la peur, la violence et l’oppression que les empires et les États-nations continuent de générer, nous mettant au défi d’y répondre :
Rares sont ceux qui nieraient qu’il existe dans notre pays* une peur et une colère palpables et grandissantes. Cette peur est profondément ressentie par les plus vulnérables. En tant que disciple de Jésus et de saint François d’Assise, mon point de vue moral ne se concentre pas sur le bien-être de ceux qui sont au sommet, mais d’abord sur ceux qui sont au bas de l’échelle. Pour les personnes vulnérables qui sont désormais rendues encore plus vulnérables, je pleure, je prie et je promets de me tenir à vos côtés.
Une période d’introspection nationale doit commencer par une introspection personnelle. Sans cette recherche intérieure, toutes nos quêtes de solutions et de mesures politiques ne reposeront que sur du sable mouvant.
Je soupçonne que nous avons des dirigeants qui reflètent ce que nous sommes devenus en tant que nation. Ils sont notre ombre, visible par tous. C’est ce que les prophètes hébreux ont dit à Israël avant et pendant son long et douloureux exil (596–538 avant notre ère).
Pourtant, l’exil fut précisément le moment où l’ancien peuple juif s’est replié sur lui-même et a découvert ses voix prophétiques – Isaïe, Jérémie et d’autres – qui disaient la vérité au pouvoir, réclamant la justice à leurs propres dirigeants politiques et religieux. Leur expérience a posé les bases solides de l’enseignement de Jésus et de sa solidarité avec les pauvres et les exclus.
Peut-être certains d’entre nous ont-ils naïvement pensé qu’ils pouvaient ou devaient accorder leur loyauté à un programme politique ou à un parti en particulier. Souvenez-vous que Yahvé a dit au peuple d’Israël qu’il ne devait jamais mettre sa confiance dans « les princes, les chevaux ou les chars » (Psaumes 20, 7 ; 33, 16-17), mais uniquement dans l’amour de Dieu. Nous ne devons pas imaginer que les changements politiques, en eux-mêmes, n’apporteront jamais la bonté, la charité ou la transformation que l’Évangile offre au monde.
Nous ne devons pas avoir peur de laisser la sagesse conventionnelle échouer et nous décevoir. C’est souvent le seul chemin vers la sagesse. La pensée impériale se concentre sur le jugement de qui est digne et qui ne l’est pas, de qui est inclus et qui est exclu. Nous qui connaissons l’appartenance et l’identité universelles en Dieu, nous disposons d’une forme de pouvoir différente : l’amour (même envers nos ennemis) est notre habitat, et non les « puissances et principautés », les royaumes de ce monde.
Le désordre actuel est notre temps d’exil et a ancré en nous un engagement urgent envers notre travail d’action et de contemplation. Cela semble plus nécessaire que jamais ! Ancrer l’action sociale dans la conscience contemplative n’est pas un luxe réservé à quelques-uns, mais assurément une nécessité culturelle. La religion chrétienne et la psyché américaine ont besoin d’une guérison profonde, et je ne dis pas cela à la légère.
Seul un esprit contemplatif peut contenir notre peur, notre confusion, notre vulnérabilité et notre colère, et nous guider vers l’amour. Ceux qui s’autorisent à être interpellés et transformés seront les nouvelles voix culturelles créatives de la prochaine période de l’histoire, après cet exil purificateur.
Source : https://cac.org/daily-meditations/discovering-our-shadows-in-exile/
Tuesday, March 24, 2026
*Les réflexions du Père Richard Rohr sont valables bien au-delà des EU.





