L’art de bénir dans le couloir de la mort du Texas

S’il y a un endroit au monde que l’on pourrait considérer comme le « terrain d’exercice » ultime pour la pratique de la bénédiction, cela pourrait bien être le couloir de la mort du Allan Polunsky unit à Livingston, Texas, un des pires sinon le pire des USA avec celui de l’Oklahoma.

Les détenus sont dans l’isolement total dans des cellules de 2 x 3 m, avec 1h. d’exercice (les bons jours) cinq jours par semaine, et de temps en temps une douche. Le petit déjeuner est servi à 3h. du matin (oui, 03.00h), le repas de midi vers 9 heures, le dîner vers 16h. Pendant les périodes de « lockdown » (punition collective) les détenus ne sortent pas de leur cellule pendant des jours et reçoivent trois sandwiches aux nouilles froides ou au beurre d’arachide. Certains n’ont pas reçu de visites pendant des années (14 ans dans un cas que je connais). Les détenus arrivent rarement à dormir plus se trois heures d’affilée. Le vacarme est constant, parfois assourdissant. Ils n’ont aucun contact physique avec quiconque, ni avec leurs visites, ni même leur avocat.

La constitution des USA interdit les punitions cruelles et inhabituelles. Mais si de garder des personnes année après année dans de telles conditions (certains détenus ont passé 40 ans en prison avant d’être mis à mort ou d’y mourir) n’est pas une punition cruelle et inhabituelle, je ne sais pas ce qui l’est. Cet isolement conduit certains au suicide, nombre d’entre eux à la folie pure, d’autres deviennent des monstres de violence ou des zombies. Certains, et c’est le plus étonnant, restent à peu près normaux. Et un tout petit nombre deviennent des maîtres de vie pour nous tous et atteignent une grandeur d’âme qui dépasse de loin le commun des mortels. Tel est Roger Mc Gowen, 25 ans de couloir de la mort, maintenant en attente d’un nouveau procès.

En 1987, Roger fut condamné à mort pour un crime dont nous savons pertinemment qu’il est innocent. En 1997 je commençai une correspondance avec lui qui devait changer mon existence. Ses lettres étaient tellement remarquables que je décidai de les publier en 2003.
Un deuxième volume sur son chemin spirituel (où la bénédiction joue un rôle important) suivit en 2012 (L’audace d’aimer, éditions Jouvence) et une nouvelle édition totalement remaniée du premier livre vient de paraître chez le même éditeur (Messages de vie du couloir de la mort, 2013, avec une remarquable préface de Christiane Singer).

En 2006, un comité international fut mis sur pied pour aider à sa défense, les services d’un excellent avocat privé furent retenus, qui obtint un jugement de la Cour Suprême des USA lui accordant le droit à un nouveau jugement. (Voir www.rogermcgowen.org)

Voici dans ses propres mots son expérience avec la bénédiction (lettre du 14 janvier 2001).
« Il faut que je te dise, Pierre, combien ton texte sur l’Art de bénir m’a aidé. Je le garde à portée de main. Depuis que nous avons été mis dans cette nouvelle prison … (il y a) quatre mois, ils se sont décidés à faire de moi le membre d’un gang et ainsi transformer ma vie en cauchemar.
Ils ont détruit une grande partie de mes affaires personnelles, ils mettent ma cellule sans dessus dessous deux fois par jour.*) Ils l’ont fait le 23 décembre, jour de mon anniversaire et sont ils revenus la même nuit. Le 31 décembre, ils ont fait un travail de saccage vraiment minutieux… J’étais fâché, extrêmement fâché d’être traité de cette façon. J’étais si fâché que j’ai cessé de parler à qui que ce soit. C’est alors que j’ai reçu un nouveau chapitre de ton livre sur l’art de bénir.

J’ai commencé à lire et mon fardeau a commencé à s’alléger. J’ai fermé les yeux et j’ai dit à Dieu que je ne savais pas quelle leçon je devais apprendre, mais je savais qu’Il ne permettrait pas que je subisse ceci sans raison. J’ai commencé à bénir les gardiens, spécialement ceux qui venaient de saccager mes affaires. J’ai alors réalisé que Dieu me montrait le calme au milieu de la tempête et que l’amour est tellement facile. Comme l’avocat polonais qui décida de ne pas haïr les Nazis après le massacre de sa famille sous ses yeux, ils ne peuvent m’obliger à me courber devant la haine.

Je continuerai à les bénir, qu’elles que soient les choses qu’ils détruisent (parmi mes affaires) car ils ne peuvent détruire ni l’amour que je leur porte comme enfants de Dieu, ni mes bénédictions. Je dois leur pardonner mille fois le mal qu’ils font. Je ne serai pas une victime. Nos bénédictions pour les autres sont des bénédictions pour nous-mêmes. Dieu n’oublie jamais. Quand nous bénissons les autres, nous nous bénissons aussi nous-mêmes, l’esprit, le corps et le soi. …

Je dois dire que vivre dans un endroit comme cette prison constitue un drôle de test de mon amour et de mon engagement à continuer de bénir, mais tout ce qui se passe dans nos vies se produit pour nous apprendre quelque chose. J’aime cette pratique de la bénédiction et elle me fait du bien. Ma situation s’est calmée pendant le mois écoulé et je reconnais que c’est parce que je bénis tout un chacun nuit et jour, quelle que soit la personne et quoiqu’elle ait pu commettre à mon égard. J’aime tellement ton livre et les détenus à qui j’ai pu faire passer des chapitres disent l’avoir incorporé dans leur vie. …

Je sais que Dieu m’a vraiment béni. Je sais dans mon cœur que Dieu a planifié quelque chose de merveilleux pour moi. Oui, le plan de Dieu pour nous tous est parfait. … Remercie ton amie Jill pour cette belle phrase qu’elle m’a envoyée : « La volonté de Dieu ne te conduira jamais là où la grâce de Dieu ne peut te garder. » (Roger McGowen, USA)

*) Cela s’appelle « shakedown ». Les gardiens rentrent dans la cellule, sortent le détenu dans le couloir et devant ses yeux commencent à déchirer des affaires, jetant tout en l’air, détruisant le peu d’objets que les détenus possèdent, versent du ketchup sur des photos de famille, c’est vraiment une mini tornade. Quand cela arrive 2-3 jours de suite, ce n’est pas exactement la meilleure thérapie pour stimuler le moral.